L’AMAP Réunion Père-Lachaise Paris 11ème & 20ème

Visite de Daniel et Denise Vuillon à Ferrières en Bray, à la ferme Leger.

Yves, Jan et Anne-Lise y étaient, et vous proposent ce compte-rendu à 4 mains (Denise Vuillon a participé aussi)
mardi 1er avril 2008 par Anne-Lise

Denise et Daniel Vuillon, premiers créateurs d’Amap en France, ont visité la ferme Leger, à Ferrières en Bray, c’était une occasion unique d’avoir un avis expert et impartial sur notre propre Amap.

En préambule, il faut signaler que cette visite correspond à une proposition de Caroline Baumgarten, (animatrice du réseau CREAMAP en Ile de France et membre du bureau des Amap Ile de France) suite à des échanges lors de la dernière réunion des Amap de l’est parisien – cette proposition s’est faite dans « l’urgence » pour profiter de la présence de Denise et Daniel Vuillon en île de France. Ils étaient venu spécialement pour visiter des fermes dans la région. Sébastien et France ont été avertis de cette possibilité le mercredi et ont réagi tout de suite très favorablement.

Daniel et Denise Vuillon sont les pionniers des Amap en France. Leur ferme, les Olivades est située en zone périurbaine, près de Toulon (Ollioules). Leur site Internet est bien fait et fleure bon le sud :

http://www.olivades.com/

En juin 2007 ils ont créé une association, CREAMAP (Centre de Ressources pour l’Essaimage des AMAP en France). Dès leur 1ère expérience, en 2001, ils ont essaimé beaucoup d’AMAP dans leur région PACA mais aussi dans toute la France. Dans ce cadre, avec des consommateurs portant le groupe de la future AMAP, ils visitent des fermes à des fins d’expertise : soit que l’exploitant souhaite entrer en Amap ou, quand il a besoin d’un avis ou d’un conseil en cultures spécifiques en AMAP ou en conversion vers des pratiques saines. Ils nous expliquent durant le trajet leur histoire, les débuts de leur Amap, leurs objectifs actuels, et nous, (Yves Barnoux, Jan Jolibois et moi) leur donnons les informations dont ils besoin sur notre Amap.

Chez les Leger, qui sont déjà dans leur 4ème saison d’Amap avec nous, la visite n’a pas ressemblé à une expertise au sens strict du terme, elle a plutôt pris la forme d’échanges d’expériences, de questions de part et d’autre sur les pratiques agricoles, sur les savoir-faire en maraîchage, sur le fonctionnement de l’Amap…(Comme les Vuillon, les Légers sont maraichers sur la même terre depuis plusieurs générations avec presque la même surface d’exploitation et le même nombre d’employés)

Entre les Vuillon et les Léger, le courant passe tout de suite très bien. Les Varois sont des gens du sud, chaleureux, prolixes, mais aussi sachant écouter des Normands plus “ taiseux ” parfois… Les Léger nous mettent vite à l’abri dans la grande serre à l’avocatier (le vent souffle en rafale et il fait un petit 7 °C). Nous amapiens qui les suivons, sentons tout de suite qu’il s’agit d’un échange de pro à pro du maraichage, et comme toujours à la campagne, on commence par parler du temps qu’il fait, du climat, on compare les quantités d’eau qui tombent en pays de Bray et dans le Var, pour s’étonner que ce soit finalement à peu près les mêmes annuellement mais la grande différence est que dans le Var, les pluies sont de plus en plus rares. Les Vuillon interrogent sur l’avancée des semis, sur les méthodes, etc…

Les Léger expliquent que 10 % de leur chiffre est fourni par la vente de plants sur les marchés, à des jardiniers amateurs et aussi à quelques collègues. “ mono cultivateurs ” (salade). Une partie de leurs plants sont vendus sur place, mais ils tiennent à garder leurs emplacements 3 fois par semaine sur les marchés de Gournay en Bray et Beauvais, y compris l’hiver, car en avril mai, période “ creuse ” des légumes, ils y vendent énormément de plants, ce qui assure une régularité de ressources.

(J’espère ne rien vous apprendre en vous rappelant que partout dans le monde, en agriculture, les périodes pendant lesquelles une récolte est vendue ou consommée et où on en attend une autre, sont critiques.)

A la différence des Vuillon dans les années 90, ils n’ont pas constaté une diminution de la fréquentation de leur étal au marché, que ce soit pour les plants ou pour les légumes. Tiens tiens ! les Normands seraient ils moins accros aux grandes surfaces que les Méridionaux ? (me dis-je en moi-même). Non, l’explication est vite fournie par les Léger, ils sont pratiquement les derniers sur les marchés qu’ils fréquentent à être intégralement producteurs de ce qu’ils vendent, et les gens le savent. (Quel est l’intérêt d’acheter sur un marché à un revendeur qui s’est fourni à Rungis, comme Carrefour ou Auchan ?).

Cependant, demande Daniel, qui en vient au vif du sujet, “que pensez-vous du système des Amaps ?”

Sébastien répond du fond du cœur : “on ferait tout comme ça, ce serait formidable, faire un marché sous la pluie, et ramener pratiquement tout à la maison parce qu’il n’y a pas eu grand monde...”

Daniel : “Mais finalement, si vous arriviez à commercialiser vos plants sur place, à la maison, vous n’auriez plus vraiment besoin de garder ces places de marchés qui sont si dures à tenir ?”

Sebastien : “effectivement, c’est peut-être faisable, nos clients de plants sont fidèles et accepteraient sans doute de venir jusqu’ici, ce sont tous des gens de la région.”

Denise : “Nous ne militons pas pour que le producteur abandonne ses marchés, s’il ne se sent pas sécurisé par l’Amap”.

Sébastien : “c’est sûr qu’on se demande toujours si ce n’est pas qu’un effet de mode…”

C’est là que Denise et Daniel se révèlent particulièrement convaincants, car ils relatent leur expérience, qui a déjà 8 ans et est couronnée de succès. M. Leger père, qui ne savait pas qu’il avait devant lui les premiers maraîchers à avoir converti toute leur commercialisation en Amap, redouble d’attention à leurs propos. Il se trouve en plus que la surface de maraîchage des Vuillon est similaire à celle des Léger. Cela fait 5 ans maintenant qu’ils sont 100% en AMAP et vendent tous leurs fruits et légumes à 3 groupes de 70 personnes, et que leur entreprise se porte bien, ils emploient 4 salariés en permanence et deux saisonniers l’été. Leur panier est nettement plus cher (25,50 euros), mais il est plus lourd, comporte au minimum 10 produits différents, et en été, des fruits issus d’un verger de 4 ha.

Ils expliquent que dans le système AMAP, on est pas soumis à la normalisation, donc pas de gaspillage, lorsqu’on s’affranchit de la clientèle du marché, on n’est plus obligé de fournir des légumes calibrés, au bon vouloir de l’acheteur, mais que la relation qu’on établit avec les amapiens permet d’habituer les gens à voir des légumes bien différents, plus variés, avec des formes rigolotes, pas prévues. (A ce moment là, M. Leger père dit avec un peu de perfidie : “ Oui, à Paris, on a constaté qu’il y a plus d’acheteurs que de connaisseurs ! ”) Et puis, comme il faut partager toute la récolte entre tous les abonnés, le poids du panier varie d’une semaine à l’autre, parfois, il comportera 15 courgettes, voire plus, et l’Amapien, embarrassé tout d’abord, se retrouve finalement dans la même situation que celui qui cultive un jardin potager, et qui doit composer avec sa production de légumes, parfois abondante, parfois rare. A lui d’utiliser toutes les techniques de conservation, modernes (congélation) ou traditionnelles (fermentation, conserves), ou de partage, pour que ça ne devienne pas une contrainte mais un bonus.

Pour les Vuillon, le grand atout des Leger, c’est qu’ils travaillent en famille, père, mère fils et fille, et que ça leur permet d’être partout : au marché, sur la ferme, pour travailler et pour recevoir les acheteurs de plants...

Les Vuillon expliquent aussi que, c’est bien grâce à l’AMAP et à la confiance de leur partenaires consommateurs qu’ils sont allés progressivement dans leur conversion au bio, et que n’ayant plus les contraintes de "mises en marché", ils n’ont plus utilisé d’herbicide, ce qui a occasionné une augmentation du prix du panier du au besoin de main d’œuvre dans ce type d’agriculture. Les pratiques en AMAP et en agriculture biologique sont créatrices d’emploi, ce qui n’est pas négligeable socialement. Il y a désintensification de la culture, c’est-à-dire que sur une même surface, à condition d’avoir suffisamment de terrain, on ne va pas chercher le même rendement qu’en traditionnel, mais on va privilégier une pause pour reposer la terre ou faire de l’« engrais vert », ce qui serait l’idéal. Depuis qu’ils sont en AMAP, les Vuillon sont plus sereins. Ils sont attentifs aux respect de la nature, ils prennent soin des équilibres du "vivant" c’est ainsi qu’ils pratiquent la lutte intégrée pour essayer de résoudre le problème des insectes et des parasites. Ils expliquent que leurs 8 hectares pourraient fournir plus de 210 paniers, mais que volontairement, ils ont limité chaque distribution à 70 personnes, pour préserver la convivialité, et être surs que le sol se repose suffisamment. (Le père de Daniel Vuillon faisait de la monoculture d’artichauts, Daniel s’est tourné vers une grande diversification des productions et un autre type d’agriculture).

Ensuite, ils expliquent aux Leger qu’ils ont mis au point un calcul du prix du panier, qui prend en compte la surface cultivable, les variétés de légumes, le salaire attendu pour chaque personne, les charges, etc… (ils ont conçu un tableau qu’ils proposent d’envoyer aux Leger). Ils expliquent que la part des salaires représente 55 % du prix du panier. De plus, ils affirment avec force que si on veut attirer des jeunes dans ce métier, il ne faut pas leur proposer de faire des semaines de 70 heures payées misérablement. Sébastien informe alors qu’ils viennent de recruter un jeune qui travaillait déjà occasionnellement pour eux le week-end, fuyant un contexte familial difficile, et à qui le métier semble plaire.

Sur les méthodes de culture, les Leger expliquent qu’ils n’utilisent que des fumiers animaux (équin, bovin, ovin) et du terreau neutre, (sans pesticide ni fongicide) pour les semences.

Les Vuillon interrogent les Leger sur les semences qu’ils utilisent (Vilmorin, Clause, etc.), et leur fournissent ensuite des noms de distributeurs de semences bio pour les professionnels, (Agrosemens) ils reconnaissent que pour le moment, l’offre de semence bio n’est pas assez diversifiée et qu’il faut y travailler. Un projet de redéploiement de la biodiversité , avec l’aide du conservatoire de semences de Saint Petersbourg est en cours de réalisation. Les Leger parlent de “ leur ” variétés locales : le potiron et de “ leur ” radis de Gournay, dont ils conservent la graine depuis des générations, ce qui intéresse vivement les Vuillon, qui les encouragent dans cette voie.

Nous faisons le tour des serres, c’est l’occasion entre autre pour les Vuillon de s’intéresser à la culture des endives qu’ils ne connaissent pas en Provence. Au passage dans une serre non désherbée monsieur Léger père ironise sur “cette serre bio !” l’herbe, pour lui, étant le signe d’un jardin mal tenu), ce qui fait sourire Sébastien. Puis, vers la fin, un voisin de passage félicite monsieur Léger père pour son élection comme conseiller municipal de Ferrières. La visite de la ferme se termine donc par la salle de préparation des légumes après ramassage, par le passage en revue du matériel et des tracteurs et la réserve aux potirons, une cave fermée à clef, où trône également un fut de calvados...

Avant que nous partions, la famille Leger nous réchauffe d’un verre de pommeau fait maison délicieux, les Vuillon félicitent les Leger sur la bonne tenue de leur exploitation, et les invitent à venir visiter les Olivades.

Dans la voiture, sur le chemin du retour, Denise et Daniel insistent auprès de nous sur le professionnalisme des Leger et sur leur ouverture d’esprit, qui les a conduit à se lancer dans l’aventure “Amap”. Ils indiquent également que que Mr Leger leur a confié que Sébastien avait acheté 45 Ha de terres, car il a le projet à long terme de faire de l’arboriculture (il a entendu depuis 2 ans les amapiens réclamer des fruits...) et aussi parce que les 8 ha “historiques” de la famille sont menacés par la pression foncière dans le village de Ferrières. Dans un premier temps, ses nouvelles terres seront affermées pour y produire des céréales, il en gardera 5 Ha pour le maraichage, ce qui lui permettra de maintenir son rythme actuel de rotation des terres.

Selon eux, de notre attitude vis à vis des Leger et de la confiance réciproque que nous pourrons établir, dépendra leur évolution vers le bio et vers la commercialisation en Amap exclusivement. Si notre groupe est solide, c’est à dire que le nombre d’adhérents ne diminue pas brusquement d’une saison à l’autre, si nous gérons bien nos relations avec eux, que nous ne cherchons pas à leur imposer à toute force ce que nous estimons être de “ meilleures pratiques ”il y a de fortes probabilités qu’ils s’orientent d’eux-mêmes complètement vers le système Amap. Les Vuillon rappellent qu’ils ont mis 2 ans entiers pour se passer complètement des créneaux commerciaux qu’ils avaient avant l’AMAP (point de vente directe à le ferme, demi-gros et grands chefs de cuisine gastronomique) et pouvoir ainsi, tout en AMAP, calculer le vrai prix de panier et divers ratios qui allaient servir aux autres producteurs en AMAP.

Les Vuillon ont insisté sur la nécessité d’arriver à calculer un prix de panier équitable, ils estiment qu’en Ile de France, le prix du panier est trop bas (15 euros), que certaines petites exploitations sont menacées de cessation à cause de cela. Denise nous cite le cas d’une petite exploitation maraichère d’Ile de France qui a voulu jouer le jeu des Amap à 100 %, elle se retrouve soumise à une pression psychologique insupportable de la part de certains Amapiens, qui sont allés jusqu’à les convoquer pour leur demander des explications sur la diminution du poids du panier, en pleine période creuse ! Ils ne comprennent pas d’où vient cet espèce de diktat du panier à 15 euros qui pèse sur les maraichers d’Ile de France, selon eux, le prix minimum devrait être de 22 euros. Les Vuillon regrettent qu’en Ile de France, on ait tendance à faire les choses à l’envers : des groupes se constituent se constituent en AMAP avant de rencontrer leur maraicher, or, ce n’est pas sur ce principe que les Amap provençales, qui sont pérennes, se sont créées. Tout s’est fait par essaimage, à chaque fois un maraicher en Amap a visité et expertisé le“ candidat ”, en présence d’un "comité de pilotage groupe potentiel de consommateurs. C’est après cette rencontre et après le compte rendu et l’avis de "l’expert" ou référent producteur expérimenté, que producteur et consommateurs peuvent créer leur AMAP "de fait" ou formalisée "loi 1901".

L’accompagnement technique et professionnel a été réel, c’est ce qui manque dans notre région, selon eux, et qui conduit à l’échec de certaines Amap. Dans la lignée du dicton de Monsieur Leger père : “ à Paris, il y a plus d’acheteurs que de connaisseurs ”, ils soupçonnent que la demande est telle que certains amapiens sont victimes de manque de transparence, voire de mensonges au sujet du bio, de la part de maraîchers désireux d’écouler leur production ou, de s’assurer des contrats. Oui, tout n’est pas rose dans le monde des Amap... Denise raconte quelques constatations qu’elle a pu faire sur les lieux de distribution, par exemple, des œufs présentés comme fermiers ou bio et qui venaient en fait d’un élevage intensif charentais. (Il suffisait d’identifier le numéro de « l’usine à poule » sur chaque œuf… Rappelons quelques chiffres : il y a 30 ans, on comptait plus de 2500 maraichers en Ile de France, il y en a à présent 150, dont 15 officiellement bio, et dans ces 15, combien commercialisent tout directement sur l’exploitation ou auprès des magasins spécialisés ? Mystère...

Pour eux, la re-localisation de l’agriculture nourricière, en Ile de France comme ailleurs, est un enjeu crucial, avec le développement des agro-carburants, ils craignent des famines d’ici quelques années si on continue au même rythme. « Les AMAP sont une belle économie alternative. Notre souci est de préserver l’éthique des AMAP et de pérenniser le concept »

Ils nous ont confié fonder de grands espoirs sur les Amap pour être aussi les gardiens de la bio-diversité maraîchère, eux même travaillent, au sein de l’association internationale Urgenci, à faire connaître et cultiver des variétés anciennes de légumes. Voir le document :

http://www.urgenci.net/uploads/paragraphe/documents/urgenci_biodiversite.pdf


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